Comment caractériser chimiquement des leurres de pêche et évaluer le relargage de substances dans l’eau ?
Les leurres de pêche sont conçus pour être immergés dans l’eau et peuvent, selon leur usage, rester temporairement ou durablement dans le milieu aquatique. Leur composition peut être complexe et associer différents matériaux : polymères, élastomères, métaux, pigments, charges minérales, additifs ou encore revêtements de surface.
Dans ce contexte, la caractérisation chimique des leurres permet de mieux comprendre leur composition et d’identifier les substances susceptibles d’être extraites ou relarguées dans l’eau.
Une telle démarche peut notamment être mise en œuvre dans le cadre du développement de nouveaux produits, de la comparaison de différentes formulations ou encore d’une démarche d’évaluation des risques toxicologiques et écotoxicologiques.
Pourquoi réaliser une étude de relargage sur un leurre de pêche ?
Lorsqu’un leurre est immergé, l’eau entre en contact avec ses différents constituants. Selon la nature du matériau, certaines substances peuvent migrer depuis le produit vers le milieu environnant.
Le phénomène dépend notamment :
- de la nature chimique du matériau ;
- des additifs et substances présents dans sa formulation ;
- de la nature des pigments et charges ;
- des conditions d’utilisation ;
- du temps de contact avec l’eau ;
- de la température et du milieu d’exposition.
L’objectif d’une caractérisation chimique n’est donc pas uniquement de déterminer la composition initiale du leurre. Il s’agit également de rechercher les substances potentiellement extractibles, puis de déterminer leur nature et, lorsque cela est pertinent, leur concentration.
Cette approche permet de comparer différents produits et d’identifier d’éventuelles différences de profils chimiques entre plusieurs références.
Une méthodologie inspirée de l’ISO 10993-18:2020
Pour structurer cette démarche, il est possible de s’appuyer sur les principes de la norme ISO 10993-18:2020, qui concerne la caractérisation chimique des matériaux utilisés dans les dispositifs médicaux.
Cette norme fournit notamment un cadre méthodologique pour rechercher les substances présentes dans un matériau et caractériser les composés susceptibles d’être extraits.
Dans le cas des leurres de pêche, cette approche peut être adaptée au contexte et aux matériaux étudiés. Elle permet de définir une stratégie analytique combinant plusieurs techniques afin d’obtenir des informations à la fois qualitatives et quantitatives.
L’objectif est alors de :
- préparer les échantillons et définir les conditions d’extraction ;
- extraire les substances susceptibles de migrer depuis le leurre ;
- rechercher les composés organiques et éléments inorganiques présents dans les extraits ;
- identifier les substances détectées lorsque cela est possible ;
- quantifier les composés ou éléments présentant un intérêt ;
- comparer les profils chimiques obtenus entre les différentes références.
Quelles techniques analytiques utiliser ?
GC et GC-MS : rechercher les composés volatils et semi-volatils
La chromatographie en phase gazeuse (GC) associée à la spectrométrie de masse (GC-MS) est particulièrement adaptée à la recherche de composés organiques volatils ou semi-volatils.
Elle peut notamment permettre de rechercher :
- certains solvants résiduels ;
- des plastifiants ;
- des composés issus des formulations polymères ;
- certains additifs ;
- des molécules organiques susceptibles d’être extraites du matériau.
La GC-MS apporte également des informations sur la nature des composés détectés grâce à leur spectre de masse.
Une approche semi-quantitative peut ensuite être utilisée pour estimer les niveaux de concentration lorsque les composés ne font pas l’objet d’une méthode quantitative spécifique.
LC et LC-HRMS : caractériser les composés organiques moins volatils
La chromatographie liquide (LC) complète la GC en permettant d’analyser des molécules moins volatiles ou thermiquement sensibles.
Couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (LC-HRMS), elle permet d’aller plus loin dans la caractérisation des extraits.
Cette technique peut notamment être utilisée pour :
- rechercher des composés organiques non ciblés ;
- caractériser des additifs et produits de formulation ;
- détecter des substances présentes à faible concentration ;
- obtenir la masse exacte des molécules détectées ;
- proposer une identification des composés inconnus.
La LC-HRMS est ainsi particulièrement intéressante lorsqu’il n’est pas possible de définir à l’avance l’ensemble des substances susceptibles d’être relarguées.
Comme pour la GC, une quantification ou semi-quantification peut être mise en œuvre selon les composés recherchés et les données disponibles.
ICP : rechercher et quantifier les éléments métalliques
Les leurres contenant des parties métalliques, des pigments ou certaines charges peuvent également être étudiés par ICP (Inductively Coupled Plasma). Cette technique permet de déterminer la présence et la concentration de nombreux éléments chimiques.
Elle peut notamment être utilisée pour rechercher des éléments tels que : aluminium, cuivre, fer, zinc, nickel, chrome, plomb, ou d'autres éléments d'intérêt selon la composition du produit.
L’ICP apporte ainsi une information complémentaire aux analyses organiques réalisées par GC-MS et LC-HRMS.
De l’extraction à l’identification des substances
La préparation des échantillons constitue une étape importante de l’étude. Les différents leurres peuvent être soumis à des conditions d’extraction définies en fonction de leur nature et de l’objectif de l’analyse. L’objectif est de mettre en évidence les substances susceptibles d’être transférées depuis le matériau vers un milieu d’extraction représentatif. Les extraits obtenus sont ensuite répartis entre les différentes techniques analytiques. Le laboratoire peut alors construire un profil chimique pour chaque référence étudiée
Une caractérisation chimique au service de l’évaluation du risque
La caractérisation chimique constitue une étape importante pour mieux comprendre le comportement des matériaux au contact de l’eau. Les substances identifiées et les niveaux de concentration mesurés peuvent ensuite être mis en perspective avec les données disponibles sur leur toxicité, leur écotoxicité ou leur impact potentiel sur l’environnement.
L’objectif de l’analyse est donc de fournir des données chimiques fiables permettant d’alimenter une démarche plus globale d’évaluation de la sécurité et de l’impact environnemental des produits.
Pour les fabricants de leurres de pêche, cette démarche peut également contribuer à comparer différentes formulations et à orienter le développement vers des matériaux présentant un profil chimique mieux maîtrisé.
Pour conclure
Dans le cas des leurres de pêche, la mise en œuvre d’une stratégie inspirée de l’ISO 10993-18:2020 permet d’associer extraction, screening, identification et quantification afin de rechercher les substances potentiellement relarguées dans l’eau.
Cette approche comparative permet ainsi de mieux caractériser les produits, d’identifier les substances d’intérêt et de disposer de données analytiques nécessaires à l’évaluation de leur profil environnemental.
Notre FAQ
La caractérisation chimique permet d’identifier les principaux constituants du leurre et de rechercher les substances susceptibles d’être libérées lors de son contact avec l’eau.
Le leurre est soumis à un protocole d’immersion défini selon la problématique : durée d’exposition, température, nature du milieu d’extraction, rapport solide/liquide… L’eau est ensuite analysée afin d’identifier et, si nécessaire, de quantifier les substances relarguées.
Selon la composition du leurre, l’analyse peut cibler différents composés organiques, additifs, plastifiants, pigments, résidus de fabrication, produits de dégradation ou éléments métalliques.
La LC-HRMS permet de rechercher et d’identifier de nombreux composés organiques, y compris dans le cadre d’une approche non ciblée. La GC-MS peut également être utilisée pour les composés volatils et semi-volatils.
Oui. L’application d’un protocole identique à plusieurs références permet de comparer leurs profils chimiques et leur comportement lors de l’immersion dans l’eau.
Oui. La durée d’exposition peut influencer la quantité et la nature des substances transférées dans l’eau. Des prélèvements à différents temps permettent de suivre l’évolution du phénomène.
Une analyse par spectrométrie de masse haute résolution peut permettre de détecter des composés non ciblés et de proposer leur identification à partir de leur masse exacte et de leurs données de fragmentation.
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